Le gavage dans la production de foie gras

Accompagné de Sébastien, président de l’association de protection animale L214, nous découvrons les conditions dans lesquelles sont élevés les canards destinés à la production de foie gras.

Le gavage, pour ou contre ?

Le gavage est un sujet sensible et polémique. Mais en fait le gavage, ça date de quand ? C’est une invention des Egyptiens, c’était il y a 4500 ans et aujourd’hui en Europe, cinq pays autorisent encore le gavage : la France, la Belgique, l’Espagne, la Hongrie et la Bulgarie. Les défenseurs de cette méthode certifient que cette technique est basée sur une aptitude naturelle des oiseaux migrateurs à s’engraisser avant de longs voyages. Ils estiment qu’un foie gavé n’est pas un foie malade. Les antis quant à eux, ont à l’appui d’autres études scientifiques considèrent que les canards gavés sont maltraités, ils mettent en avant que la mortalité pendant le gavage est six fois plus importante que durant l’élevage.

Une production volumineuse et opaque

C’est la conviction de notre militant Sébastien. “La Vendée, c’est là qu’on produit du volume de foie gras en France. C’est un peu comme si le sud-ouest était la vitrine et puis la Vendée, c’est là où ils font du volume… c’est un peu ce que m’ont déjà dit des gaveurs“. En fait, Sébastien est la bête noire des groupes industriels. D’ailleurs il a participé en novembre 2013 à la première journée de lutte mondiale contre le foie gras, avec des actions dans l’hexagone et devant plusieurs ambassades de France à travers le monde. Carte à la main, il scrute les informations. “On va regarder autour tous les élevages qui pourrait abriter des salles de gavage. Alors ici par exemple je vois une batterie d’élevage qui pourrait être ça. Le plan d’attaque, c’est d’identifier les élevages et d’aller voir les éleveurs pour demander s’il est possible de faire une visite.

Sa méthode est empirique et redoutable. Sur la carte il repère les installations qui pourraient ressembler à des salles de gavage. Après quelques kilomètres et au détour d’une route de campagne, il aperçoit enfin les installations qu’il a repérées. “C’est difficile d’entrer dans ce genre de salle, quand on s’adresse aux éleveurs il nous disent d’aller voir le responsable de production du groupe et quand on s’adresse à la direction du groupe c’est niet, toutes les portes sont fermées… donc c’est extrêmement difficile d’arriver à filmer dans ce genre de salle, parce que visiblement il y a une honte a montrer un petit peu ce qui se passe dedans. Il faut souvent dire qu’on est étudiants ou des choses comme ça pour espérer tomber sur un éleveur qui ne va pas en référer au groupe.

A l’intérieur d’une exploitation

En se faisant passer pour un étudiant dans l’agroalimentaire et muni de sa caméra personnelle, Sébastien arrive à entrer dans une exploitation et les images qu’il montrent sont édifiantes. Les bâtiments sont sombres et peu aéré, l’ambiance sonore est insoutenable. Le gavage se fait non pas avec du maïs en grains mais avec une pâte, un mélange de farine de maïs expédié rapidement dans le ventre pour gaver jusqu’à 500 canards à l’heure. Il faut à peu près trois secondes pour gaver un canard. Le gaveur a en fait une gâchette sur sa main droite et grâce à une impulsion pneumatique, il va envoyer 800 g de pâte directement à l’intérieur de l’estomac des canards.

Dans la production industrielle, tous les délais sont raccourcis : les canards sont gavés plus jeunes, moins longtemps avec comme conséquence que leur foie est plus petit. L’industrialisation de la production et le recours à la pâte ont permis en vingt ans de multiplier par plus de 6 la production de foie gras de canard. De 6 millions de volatiles gavés par an, nous sommes passés à presque 40 millions aujourd’hui et c’est désormais en usine que l’on produit le foie gras…

Via des actions de ce type, l’association de protection animale L214 espère éveiller la conscience des consommateurs. Après avoir vu et lu tout ça, n’est-il pas temps de tester le Faux Gras ?